Carreaux de faïence engobés

2017-2019

"Les Roakpou"

En parallèle de son travail de peintre, Brigitte Komorn n’a cessé, depuis ses débuts, de créer des céramiques, multipliant les supports et les registres : mosaïques murales, pavements, sculptures aussi, telles les Frayères exposées au Musée de la Céramique à Desvres en 2004. Ses carreaux de faïence des années 2017-2019 se présentent quant à eux comme des variations sur un thème “décoratif”. Mais le décoratif tel que l’entend et l’explore Brigitte Komorn n’est pas un genre mineur : son travail, sous les diverses formes qu’il a pu prendre, tente au contraire d’en révéler et même d’en célébrer le génie.

La faïence est un support idéal pour un peintre, du fait de la palette de coloris illimitée qu’elle permet. Dans cet ensemble de carreaux d’un format très réduit (15 x 15 cm), l’artiste reprend inlassablement la forme générique de l’amphore « aux bras levés » : Vase nourricier, ventre d’annonciation, grenade prête à se rompre, elle emplit le cadre avec une énergie qui semble le menacer d’éclatement. Cette figure souvent fendue d’une suggestive amande centrale nous renvoie aux représentations archaïques de la fertilité féminine, et au-delà, à la puissance d’éclosion elle-même universellement à l’œuvre (dans la fleur, le fruit, le corps féminin – et, pressent-on, dans l’œuvre d’art elle-même.)

Paysage, 2005.

Faïence et Grès (81 x 81 cm)

Sur telle ou telle « amphore » se lit parfois fugacement une ébauche d’expression ou de posture. Étranges et familières. En surplomb d’un feuillage luxuriant, en filigrane d’un fruit lourd et plein, deux yeux nous fixent. Devant ces figures énergiques et chamarrées, on songe à la commedia dell’arte ou aux costumes des Ballets russes : le merveilleux voisine ici avec le burlesque. Humour et amour : Les êtres de fantaisie de Brigitte Komorn sont toujours campés avec une immense tendresse, dans une liberté et une fraîcheur proprement picturales.

Dans son travail de peintre comme dans les commandes publiques ou privées qu’elle a réalisées, les arts décoratifs dans leur ensemble mais aussi les arts primitifs et populaires, sont depuis toujours des sources d’inspiration majeures pour l’artiste. « La révélation m’est venue d’Orient » pourrait-elle ajouter avec Matisse, tant l’art islamique a joué un rôle décisif dans sa création, depuis sa petite enfance marocaine. Mais son inspiration, Brigitte Komorn la puise aussi dans les paysages qui l’entourent, sauvages, luxuriants, baignés de l’éclatante lumière du sud de la France.

Carreaux de faïence engobés, 15X15 cm

En Orient, rappelle l’artiste, la céramique murale provoque un choc lumineux jusqu’à l’éblouissement. De cette fusion de la lumière et de la couleur, on trouve aussi un écho dans l’art du vitrail. Les carreaux de 2017-2019 l’évoquent manifestement, avec leur motifs gravés dans l’argile avant application de la couleur. D’ailleurs ses peintures sur film polyester des années 1990 ou les peintures qu’elle a réalisées pour la verrière du Palais de Justice de Melun (1996), attestent d’une profonde et constante urgence de tailler à même la « couleur–lumière ».

Daniel Roche